Les tarots

Le Jeu des Tarots


Dans l’état actuel des connaissances admises généralement, les Tarots auraient initialement été utilisés en tant que jeu. Celui-ci aurait eu des règles proches de celles des échecs - et c’est à cause de ce caractère ingénieux que les Ludus Triomphorum furent expressément exclus des ordonnances à l’encontre des jeux de hasard émises pendant le XVe siècle. Parallèlement, grâce à de nombreux documents de la Renaissance, l’on sait que, dans les cours aristocratiques, le jeu des Tarots fut au centre de divertissements sophistiqués, comme par exemple l’invention de sonnets galants ou le fait de répondre à des questions portant sur divers sujets au regard de cartes extraites du jeu. Une autre pratique courante qui dura jusqu’au XIXe siècle consistait à associer les figures du Tarot à des personnes célèbres, composant des sonnets ou simplement en devisant à leur sujet sur un ton ou laudatif ou comique ou tout à fait satirique. Le XVIIIe siècle vit une riche production de Tarots avec une imagerie fantastique, empruntée au monde animal, à l’histoire, à la mythologie, aux coutumes de différents peuples. Néanmoins, c’était un jeu de hasard, avec toutes les conséquences que cela impliquait, à commencer, dès le XVIe siècle, par l’intervention répressive de l’Église. À peine un siècle après leur création, la signification chrétienne d’Escalier Mystique sur laquelle était structuré l’ordre des Tarots avait été oubliée. Néanmoins, les usages ludiques et littéraires des tarots perdirent bientôt de leur importance.

Dès la fin du XVe siècle, un moine prédicateur anonyme dénonça les tarots comme étant l’œuvre des démons, et soutint son affirmation en argumentant que, c’était dans le dessein d’amener les hommes au vice, que le créateur du jeu avait délibérément usé de figures comme le Pape, l’Empereur, les vertus chrétiennes et même Dieu.

Le bon moine écrit par ailleurs que « si le joueur pensait à la signification des ’papiers [à jouer]’, il s’en irait en courant. En fait, dans les cartes, il y a une quadruple différence [note du traducteur : illustrée par les quatre emblèmes des cartes en dehors des Atouts : denier, coupe, bâton et épée]. Il y a l’argent qui est dilapidé entre les mains des joueurs. Et cela souligne le caractère éminemment précaire de l’argent du joueur, car l’on doit savoir qu’en jouant, l’on perdra son argent. Il y a aussi des coupes [tasses] qui illustrent que lorsque la ruine adviendra, le pauvre joueur ne pourra plus boire dans des verres mais devra se contenter d’une coupe [tasse]. Il y a aussi les bâtons : le bois est sec pour souligner l’aridité de la grâce divine présente dans le joueur. Il y a même des épées pour exprimer la brièveté de la vie du joueur car il sera tué, etc. En réalité, aucune catégorie de pécheurs n’est aussi désespérée que celle des joueurs. Quand un joueur perd et n’obtient pas le point escompté, que ce soit la carte ou le triomphe [NdT : probablement ici, carte = numérales ou honneurs / triomphe = Atout], il fait une croix sur l’argent misé [NdT : litt. percuote la croce del denaro = il frappe la croix dans l’argent], maudissant Dieu ou les Saints, et il jette au loin les dés avec colère se disant à lui-même que l’on me tranche la main ! » etc. Le joueur se mêt très facilement en colère avec le compagnon qui le tourne en ridicule et continuellement s’offusque des offenses jusqu’à ce qu’ils se battent l’un l’autre. Le prédicateur anonyme conclut sur cette sentence canonique : « Joueur, ouvre l’œil ou tu connaîtras une mauvaise fin ».

Le jugement de l’Église n’empêcha pas la diffusion des Tarots - et ce, à un tel point, qu’au début du XVIIIe siècle, ils furent importés d’Italie en France et en particulier à Marseille - dont l’iconographie fut à son tour reprise par les centres de production lombards et piémontais afin de rénover leurs productions.

Puis, sous la pression de jeux encore plus modernes, les tarots disparurent graduellement pour ne plus subsister qu’en peu d’endroits tels la Sicile, l’Émilie, la Lombardie, le Piémont et le Sud de la France.

Toutefois, pendant ce temps, les images du Tarot furent l’objet de manipulations et d’interprétations ésotériques qui les amenèrent à être considérées comme des « icônes magiques ».

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0